HOMMAGE à Jacques ANDRE (1937-2025) Jacques André nous a quittés en cette fin du mois de mai 2025, le 17 mai exactement. Jacques était un homme charismatique qui rayonnait dans plusieurs domaines. Docteur en Sciences de l’Education, il fut Maître de Conférences en Sciences de l’Education à l’Université de Poitiers et chargé de mission à l’IUFM de Poitou-Charentes. Il a été rédacteur à la revue « Les Cahiers Pédagogiques ». Très influencé par les travaux du psychologue américain Carl Rogers et par l’humanisme d’Albert Jacquard, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la motivation parus aux éditions L’Harmattan. Mais pour les perchistes poitevins, il fut surtout un extraordinaire entraîneur des décennies 70 et 80 qui forma une des plus belles écoles de perchistes de France, seulement dépassée par celle du BEC de « Jo » Maïsetti son ami bordelais, qui fut plus tard entraîneur de l’équipe de France de sprint et de relais, puis des relais handisport. Jacques avait lui-même réalisé 4m10 à la perche métallique au début des années 60. Il arriva de Saintes à la fin de la décennie, accompagné des frères Pontabry venus faire leurs études à Poitiers. Jacques est à l’origine du développement de la perche moderne en Poitou, avec l’arrivée des perches en fibre de verre (Catapole et Lerc notamment). Ayant débuté à la métallique en autodidacte en 1966, sans sautoir réel, au stade de La Madeleine, j’ai rejoint son groupe en 1970. Aux entraînements, qui avaient lieu dans le grand gymnase du CREPS de Boivre, Jacques accueillait la plus grande partie des meilleurs perchistes de la région, jusqu’aux Tourangeaux qui ne possédaient pas d’installation de telle qualité et venaient en groupe en voiture à Poitiers avec Christian Clavier. Les autres étaient en majorité étudiants à Poitiers. Citons bien sûr les frères Pontabry de Saintes, †Bernard Bultez de Châtellerault, †Yvan Nanot, †Henri Demantké, Jean-Paul Chevallier, Blondet, les frères Bisleau, David André, Philippe Belleudy, Jean-Luc Abgrall, Robert Marzac Jacques Larré,.. Pain, Didier Degorce, ... Aubard,… tous au-delà de la barre des 4 mètres…L’émulation fonctionnait à merveille... Les entraînements commençaient souvent par une partie de volley-ball très disputée où Henri Demantké, futur professeur de maths venu de Nancy, en spécialiste qu’il était, faisait merveille. Les travaux de Jacques André sur la motivation n’étaient jamais bien loin et les « expériences » originales ne manquaient pas, telle celle de se hisser grâce à sa perche sur le toit des vestiaires, à 3 mètres de hauteur, un banc couché servant de butoir...ou les sauts « en profondeur » depuis ce même toit vers un gros tapis disposé à distance convenable au-dessous…Plus original, le franchissement du ruisseau, la Boivre, qui coulait en contre-bas du CREPS. L’aventure se terminait parfois moins bien pour le perchiste malchanceux resté « planté » au beau milieu du ruisseau, étant quitte d’un bain rafraîchissant...C’était l’époque où Kozakiewicz, le champion olympique polonais, allait s’entraîner parfois en forêt, lui avec sa perche et son entraîneur muni d’une bêche. Ils avisaient une branche située à 5 mètres du sol, un trou creusé dessous à la bêche formait un butoir...et hop, il allait se percher sur la branche…Nous utilisions aussi la piscine du CREPS aux beaux jours pour des séances mémorables de plongeons, où Philippe Belleudy, expert de la discipline, nous épatait par ses acrobaties… Notons que Jacques fut aussi précurseur de la perche féminine : Annick Pontabry et quelques « Crepsinettes » venues préparer le monitorat de sport à Boivre s’essayèrent avec entrain à la discipline, bien que nous ne disposions pas de perches légères adaptées aux femmes et aux jeunes à cette époque, seulement de perches d’entraînement à embout métallique, très lourdes et incassables…Elle franchissait 2m50. Il se disait alors qu’une russe avait franchi 4m ! Déjà…mais la fédération internationale, s’appuyant sur les avis des médecins, interdisait la perche aux athlètes féminines, « pour éviter des descentes d’organes » … En dehors des résultats sportifs remarquables de tous les membres du groupe, nous faisions aussi des « démonstrations » pour la promotion et la vulgarisation de la discipline (précurseurs des « Perche Elite Tour ») dans des lieux originaux : sur la Place d’Armes à Poitiers, devant l’Hôtel de Ville de Châtellerault, sur le parking du magasin Mammouth à Châtellerault, dans le jardin public qui jouxte la Gare de Limoges, pour la Mucoviscidose à Neuville, lors de l’inauguration du sautoir d’un gymnase en Charente, et aussi lors d’une grande fête champêtre à Saint-Pierre de Maillé, sur un sautoir « maison » improvisé par mes soins, sans vraie piste, réception sur des chutes de mousse, où Jacques André réalisa encore 3m60 ! D’autres l’ont fait à cette époque sur les plages avec Patrick Abada ou Thierry Vigneron… Jacques s’en est allé, discrètement. Il repose depuis le 23 mai 2025 au cimetière de Chilvert à Poitiers, où nous fûmes une trentaine à l’accompagner en toute simplicité, essentiellement sa famille et des voisins, et quatre de ses tout premiers élèves perchistes présents : son fils David André, Philippe Belleudy venu de Limoges, Jean-Luc Abgrall des Deux-Sèvres, et moi-même. L’athlétisme lui doit beaucoup. Robert Marzac, 3/06/2025